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Interview de Mark ShuttleWorth
Tiens, ça faisait un bail que j'avais pas taper le mot "Ubuntu" dans mon blog...

Je suis tombé sur la traduction d'une entrevue assez interressante avec Mark Shuttleworth, fondateur de Cannonical, qui devellope Ubuntu, mon OS préféré*.

Vous pourrez lire l'article en Anglais ici

Je vous colle la traduction, faite par deux des membres (Merci à Lord Alembert et à Photon) de la communauté française Ubuntu

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Linux : le fondateur d'Ubuntu dans le "défi" Microsoft


Mark Shuttleworth, le PDG de Canonical nous explique pourquoi le temps est peut-être venu pour Linux de dépasser Apple et Microsoft sur le terrain de l'innovation.

29 Décembre 2006
Par Falguni Bhuta


Faire un tour dans l'espace n'a pas été le plus grand défi de Mark Shuttleworth. En effet, le touriste de l'espace compte bâtir une entreprise open-source, et travailler afin d'attirer les utilisateur vers Linux.

M. Shuttleworth a fondé le projet Ubuntu en 2004 pour distribuer un système d'exploitation libre basé sur Debian Linux pour concurrencer Microsoft Windows.

En 2002, M. Shuttleworth a fait un voyage dans l'espace, devenant le premier Sud-africain en orbite, et le seconde touriste de l'espace de l'histoire. Auparavant, cet entrepreneur avait fondé Thawte Consulting et vendue à Verisign pour 575 millions de dollars, pris la tête d'une firme à capital à risque (venture capital), et a finalement décidé de continuer sa carrière en participant aux logiciels open-source. Le projet Ubuntu est contrôlé par Canonical, basée au Royaume-Uni, dont M. Shuttleworth est le PDG.

M. Shuttleworth a parlé avec Red Herring de certains évènements récents dans le monde de l'open-source et de ses projets pour Ubuntu.

Q : En quoi les évènements de ces derniers mois dans l'industrie open-source ont-ils affectés Ubuntu ?

R : Il y a eu deux grandes annonces stratégiques faites cette année par deux parties qui ne développent pas pour Linux. Oracle [ont dit] qu'ils fourniront un support pour [une version] de Red Hat Linux sans marque de fabrication, et Microsoft et Novell vont collaborer sur un certains nombre de points, cette dernière annonce a quelques considérations intéressantes sur la propriété intellectuelle, c'est pourquoi ces deux annonces nous concernent.

Du côté de Oracle, cela n'a pas influencé notre position, car nous restons le seul groupe à avoir pour objectif de fournir Linux gratuitement tout en gardant une base commerciale soutenable. La concurrent entre Oracle et Red Hat est peut-être la cause d'un désarroi commercial sans vraiment affecter notre stratégie.

L'annonce de Microsoft est potentiellement plus intéressante : elle pourrait nous placer dans une situation où il serait pratiquement impossible pour Linux de rester une plate-forme gratuite, si Microsoft arrivait à prouver sa possession de propriété intellectuelle dans Linux. Cela aurait un impact très important sur la participation des développeurs et l'innovation dans Linux, et nous voyons cela comme un défi très important.

Q : Vous êtes donc en train de dire que si Microsoft arrive à ses fins, il serait difficile pour Linux de rester un programme gratuit ?

R : Microsoft est prêt à revendiquer que déployer partout Linux sans leur payer de droits sur leurs brevets est une violation de ceux-ci, mais ils ne l'ont pas encore prouvé. Ils semblent cependant sûrs de pourvoir le faire.

Ils essayent de trouver quelque chose pour légitimer leur revendication, et c'est pourquoi le contrat avec Novell met beaucoup d'argent en jeu. Et comme si c'était un point de ce contrat, Novell est poussée à légitimiser cette revendication. C'est donc une avancée stratégique intéressante et un grand nombre de personnes de l'autre bord disent qu'il n'y a pas le moindre problème de propriété intellectuelle avec Linux et que toute cette histoire ressemble à une sorte de jeu.

Q : Pensez-vous que Microsoft ait assez de propriété intellectuelle pour menacer les utilisateurs de Linux s'ils n'utilisent pas les produits Microsoft ?

R : Il est fort possible que Microsoft ait un brevet parmi les centaines de milliers de brevets existants qui couvre quelque chose que Linux fait, mais avant qu'il nous disent de quel brevet il s'agit, il est impossible de le savoir. Personne n'est prêt à outrepasser les brevets [et] personne ne peut prendre une décision sur ce sujet si ce n'est Microsoft.

L'autre aspect de tout ceci est que, dès que la situation sera claire , s'il y a quelques fragments de propriété intellectuelle que ce soit, il sera très facile de les travailler, essentiellement en ré-écrivant le programme en question. C'est pourquoi de nombreuses personnes sont confiantes que si on trouve quelque chose qui viole un brevet, cela pourra être rapidement corrigé. Microsoft n'a donc pas envie de se montrer pour préciser quel brevet est concerné, car les développeurs de Linux travailleraient alors dessus.

D'autre part, ils veulent que les consommateurs soient légèrement nerveux vis-à-vis de Linux. Je pense que Microsoft est en train de devenir une sorte d'opérateur dans la manière dont les utilisateurs interagissent avec Linux et les logiciels libres. Ils dépensent beaucoup d'énergie pour dire que Linux n'existe pas, que c'est un jouet, un cancer, qu'il est dangereux... ils le qualifient d'anti-capitaliste, et il semblent s'engager à présent dans ce problème d'une façon plus réaliste, compétitive et pragmatique.

Linux : le fondateur d'Ubuntu et l'innovation du bureau


Q : Pensez-vous qu'Ubuntu, et peut-être d'autres productions comme Linspire devraient éventuellement faire équipe avec Microsoft pour éviter tout conflit

R : Nous ne payerons jamais de droits de licence de brevet à Microsoft, car nous ne croyons pas qu'il y ait un quelconque problème de brevet, et que notre modèle économique est principalement de rendre les programmes librement disponibles. Et si vous rendez les programmes librement disponibles, vous ne pouvez évidement pas payer de droits de licence à quelqu'un d'autre pour la copie de la version particulière. Alors que Novell pense qu'il peut faire un contrat de la sorte, Ubuntu ne le fera absolument jamais.

Il me semble évident que nous allons mener les opérations dans le sens de montrer les points faibles de l'affirmation de Microsoft. Cela signifie que nous pourront à terme représenter une menace pour Microsoft, car non seulement nous concourront pour un produit fini, mais aussi avec leur façon de faire des produits [car] nous avons un modèle économique différent, fondamentalement différent du leur. S'ils disent qu'ils peuvent négocier avec nous de la même manière qu'avec quelqu'un comme Novell, il n'y a pas de droits de licence par place.

Q : Vous avez dit que 2006 a été une année importante pour Ubuntu. Pourquoi dites-vous cela, quels objectifs avez-vous atteints ?

R : Deux-trois objectifs ; c'est l'année où nous avons sorti notre première version pour entreprise. Nous avons encore la réputation vieille de deux ans de nous être focalisés sur les ordinateurs personnels, ce qui a fait de nous une version de Linux très populaire notamment auprès des utilisateurs avec pouvoir. Et nous sommes arrivés au point où ces utilisateurs avec pouvoir commencent à dire "J'aimerais beaucoup utiliser Ubuntu sur mes serveurs dans l'entreprise dans laquelle je travaille". Mais pour pouvoir faire cela, vous devez proposer un support pour une plus longue durée et 2006 est donc l'année où nous avons sorti notre première version de qualité pour les entreprises.

C'est aussi l'année où nous avons formés quelques partenariats et alliances importantes. Notre relation avec Sun était particulièrement importante ; pour Sun Microsystems, c'était un moyen pragmatique d'inclure Linux. Ils avaient quelques nouvelles technologies intéressantes comme des composants massivement multi-cœurs. Les types de Sun sont arrivent avec des processeurs de six à neuf cœurs. Ils ont donc voulu être capable de tirer parti de leur matériel avec Linux, et nous avons pu travailler avec eux là-dessus.

Q : Et à propos de l'augmentation du nombre d'adoptions d'Ubuntu, avez-vous des chiffres que vous pouvez me donner ?

R : Nous savons à présent qu'il y a probablement à peu près 8 millions d'utilisateurs [d'Ubuntu].

Q : Pensez-vous que 2007 sera l'année de Linux sur les ordinateurs personnels ?

R : Ça a été l'année prochaine depuis cinq ou six ans. Cependant, je pense que nous observons une accélération dans l'intérêt de la communauté open-source de résoudre les problèmes des ordinateurs personnels. Si vous revenez quatre ou cinq ans en arrière, les développeurs du noyau de Linux étaient aussi responsables du service. [Aujourd'hui], nous voyons un vrai changement en cela que la communauté open-source veut tout d'un coup résoudre les problèmes. Ils veulent montrer que l'innovation des logiciels libres sur ordinateur personnel peut vraiment réaliser des idées excitantes que les gens attendent de leur Windows ou de leur Mac.

Microsoft et les autres, nombre de personnes disent que les logiciels libres et l'open-source ne fait que copier, ce qui a été vrai pendant longtemps. Le monde que nous voyons, c'est que aussitôt que les logiciels libres sont aussi bien que les logiciels propriétaires, les innovations passent d'un coup dans les logiciels libres. Des innovations originales, et nous avons vu cela avec [les navigateurs internet] où, dès que Firefox a atteint un certain niveau d'égalité avec Internet Explorer, il est devenu d'un coup une référence en innovation, et à présent c'est Microsoft qui peine à rattraper le navigateur libre.

A présent, ce qui peut arriver en 2007 est que les ordinateurs particuliers deviennent des usines à innovations, et que de nouvelles idées, des idées de graphisme, arrivant dans Linux fassent sentir aux développeurs de logiciels propriétaires qu'ils doivent s'accrocher. Ce qui est bien sûr différent de dire que 2007 sera l'année où tout va vraiment basculer vers Linux, mais elle pourrait être l'année où Linux prendra soudainement la tête en matière d'innovation au fil des développements.

Linux : le fondateur d'Ubuntu et Microsoft Vista


Q : 2007 sera aussi l'année du lancement de Windows Vista : comment va-t'il affecter Linux, notamment sur les ordinateurs personnels ? Pensez-vous que Vista va tuer Linux chez les particuliers, ou au contraire amener plus de personne à utiliser Linux ?

R : Hé bien, c'est parti pour être une combinaison compliquée de facteurs. D'un côté, Vista est un produit très fignolé, [il a de bonnes] caractéristiques et [Microsoft] a besoin d'être crédité pour son travail. D'autre part, Vista est cher, plus cher que la précédente version de Windows. Vu la façon dont ils ont fixé son prix et le nombre de différentes versions, vous constaterez que ce que la plupart des gens vont finalement payer sera de toute façon plus important.

Ils vont essayer de renforcer leurs licences encore plus agressivement dans les parties du monde où ce prix pose un problème, et où les gens ont toujours utilisés des versions piratées de Windows. [Ils vont devoir] rapidement s'intéresser à d'autres options , et nous voyons dans les marchés émergeants en particulier, que Linux est en train de décoller car les gens veulent une plate-force stable moins chère. Dans cette optique-là, oui, la sortie de Vista sera bénéfique à Linux, à cause du prix et de la licence.

De plus, Vista va piloter quantité de développements d'applications, quantité d'autres choses, qui deviendront incompatibles avec Linux. Avec Vista, Microsoft a franchi des étapes qui cassent la compatibilité avec certaines parties de l'architecture Windows sur lequelles Linux avait réussi à faire une rétro-ingénierie. Par exemple, si vous regardez la capacité de partage des précédentes versions de Windows, Linux est compatible avec. Il est donc facile de déployer Linux dans le même environnement que Windows, et Microsoft a pris des décisions très spécifiques dans Vista, qui rendent cela difficile pour Linux, donc, une chose, c'est parti pour être quelque chose d'intéressant et de compétitif. J'ai été surpris par la nature discrère de la sortie de Vista, je ne sais pas si vous voyez énormément de publicité - à cette rien virtuellement.

Q : Quels sont vos sentiments envers Microsoft ?

R : Il est difficile d'avoir une opinion simple sur une organistation d'à peu près 75 000 personnes, il y en a certaines qui ont de très mauvaises idées et d'autres qui en ont de très bonnes.

Je pense qu'ils doivent être crédités pour concourir avec les développeurs de programmes, si nous revenons aux jours pre-Microsoft, les logiciels étaient excessivement chers car chacun adaptait son logiciel aux besoins du client. [Ils] ont changés cela en un vrai produit pour calculer et développer des programmes, et en même temps ont un monopole coupable.

Je pense que Microsoft va apprendre quelque chose d'intéressant, et c'est que la meilleure méthode pour développer des programmes dans les années 1980-90 était de recruter les plus intelligents dans les campus, mais aujourd'hui, dans les années 2000 et au-delà, la meilleur méthode pour développer des programmes est de laisser les gens interagir avec les parties du programme qui les intéressent le plus et ensuite de collaborer en temps réel quelque soit l'endroit où ils se trouvent dans le monde.

Je suis intéressé par l'année 2007 car elle pourra potentiellement être l'année où l'innovation de Linux commencera à surpasser celle d'Apple et de Microsoft. Vous verrez que faire collaborer grâce à Internet de brillantes personnes suivant leur voie partout dans le monde n'est pas juste un moyen de faire des logiciels peu onéreux, c'est un excellent moyen de créer un logiciel phénoménal, incroyablement bien, inattendu et puissant. Si vous regardez du côté des grandes entreprises du secteur technologique fondées dans les dix dernières années, il n'est pas difficile de voir que la plus grande partie d'entre elle ont désormais de profonds liens avec l'open-source, telles que Google, Yahoo, Ebay.

[Ces compagnies] et d'autres sont fondamentalement pilotées par l'open-source et ont été bâties par des gens qui auraient pu le faire grâce à l'open-source.

Q : Quelle est la voie que doit emprunter Ubuntu pour étendre l'usage de Linux ? Pensez-vous qu'il soit nécessaire de travailler avec les entreprise propriétaires pour porter leurs codecs sur Linux pour une utilisation multimédia, comme l'audio et la vidéo ?

R : Bien sûr, quelque chose comme cela ne peut qu'aider dans la mesure où les programmes avec lesquels sont familiers sous Windows et Mac puissent se retrouver sur Linux, et cela peut être fait de deux manières. On peut aller vers les entreprises et leur demander de porter leurs programmes sur Linux, et l'autre manière consiste à prendre les logiciels libres et de les rendre disponibles sous Windows et Mac.

Ceci dit, c'est de loin la chose la plus compliquée dans laquelle j'ai été impliqué. Je m'assoie souvent pour me demander si le monde changerait si nous parvenions à créer une plate-forme beaucoup plus excitante, robuste et à l'abri des virus et des spywares, qui fait tout mieux, en fin de compte. Est-ce que le monde changerait ? Je ne sais pas.

Q : Est-il plus compliqué d'aller dans l'espace, par exemple ?

R : Non, j'avais des responsabilités très spécifiques dans l'équipe une fois certifié et entrainé pour celles-ci. Dans ce cas-ci et dans d'autres exemples, ce que nous avons tenté de faire ne l'avais jamais été auparavant. Nous essayons de changer fondamentalement la manière dont les gens pensent de l'économie des logiciels , pas seulement substituer un produit, un produit de 99,99 $ par un produit de 49,99 $, pour changer la manière dont les gens pensent à l'économie des logiciels et changer les habitudes que les gens ont avec les ordinateurs. Je suis privilégié à y participer aujourd'hui.

Q : Quel est votre prochain grand défi à part l'open-source et Linux ?

R : Je n'ai pas de liste. Je ne suis pas prêt d'être multi-tâches, je veux aller au fond d'un problème et [trouver une] solution. J'aime ce projet, alors je m'accroche, avec beaucoup de gens intéressants et je pense que nous sommes en train de changer le monde, je ne rêve donc pas éveillé des autres choses que je ne suis pas en train de faire. Une fois que le projet Linux sera terminé, de quelque manière que ce soit, je regarderai l'état du monde et verrai quels problèmes sont intéressants. Tout dans une vie dépend de l'endroit et du temps, ce qui est intéressant aujourd'hui ne le sera plus quand j'aurai le temps de le voir.

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* Oui, il y'a un an je me serais bien foutu de la gueule de celui qui m'aurait prédit ça.
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